EPISODE 4 : LE TRANSSIBÉRIEN, QUATRE JOURS HORS DU TEMPS

Après être arrivés en Russie par Irkoutsk, nous avions 26 jours pour traverser une partie de la Sibérie et atteindre Vladivostok à 2286 km de là. Et qui dit Sibérie dit TRANSSIBÉRIEN !!!!

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Une des nombreuses haltes tout le long de notre trajet !

Nous avons fait des escales mais en tout nous avons passé plus de 74 h dans dans ce train mythique :

  • Irkoutsk- Tchita: 20 h
  • Tchita-Birobidjan: 40h40
  • Birobidjan-Khabarovsk: 2h30
  • Khabarovsk-Vladivostok: 11h30

74 h de train en peu de temps, c’est beaucoup, ce n’est pas de trop. On avait un peu peur de trouver ça long, surtout le tronçon de 40 h entre Tchita et Birobidjan et en fait pas du tout.

On a adoré cette expérience que l’on a vécu comme une parenthèse un peu hors du temps.

A – LA VIE DANS LE TRANSSIBERIEN.

Quand vous embarquez dans le Transsibérien, la première chose importante à anticiper est d’emmener des provisions ; car manger est l’une des principales activités à bord.

Moi j’avais prévu le coup depuis la France ; pâté Hennaff, crêpes bretonnes et crème de marron faisaient partis du voyage. Et en plus de ces mets de choix, nous faisions le plein à chaque étape : fromage, tomates, pain, thé… Il y a un samovar rempli d’eau chaude dans chaque wagon, on peut se servir à volonté.

Sauf pour le dernier tronçon, nous avions pris des billets en troisième classe, en « plakats ». Cela veut dire que nous dormions dans un compartiment de six couchettes. Les compartiments ne sont pas clos, on cohabite avec tout le wagon.

Chaque wagon est géré d’un main de fer par deux « provoditsas » (les « responsables » de votre wagon). Une pour la journée et une pour la nuit.

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La « provodnitsa » tient d’une main de maître son wagon

Les « provoditsas » s’occupent de tout dans le wagon. Elles vous accueillent à la montée dans leur uniforme, contrôlent votre billet et votre passeport bien sûr.

Une fois que tout le monde est remonté à bord, elles distiriuent les draps aux nouveaux arrivants.

Plusieurs fois par jour, elles se changent en tenu de ménage et là ça déménage ! Serpillière, balai, poubelles, aucun recoin du train ne leur échappe. C’est grâce à elles que même les trains les plus anciens sont rutilants. Ce sont elles aussi qui veillent au bon déroulement du voyage.

La vie dans le Transsibérien est calme. Presque à chaque fois, notre wagon est à moitié vide et les gens n’échangeaient pas trop entre eux.

On s’attendait à quelque chose de plus animé, mais cette quiétude ne nous a pas déplu pour autant. On a copié les russes dès que possible, car ces derniers se mettent à l’aise dans leur Transsibérien (pantoufles, jogging, voire pyjama) ; le mot d’ordre ici, c’est le confort !

Nous avons beaucoup lu, regardé le paysage et les petits villages perdus en pleine Sibérie qui longent le chemin de fer. On était hors du temps.

ENCART PRATIQUE :

  • Acheter les billets de train : nous avons utilisé le site https://pass.rzd.ru/main-pass/public/en , on repérait les trains, on faisait un imprime-écran sur notre portable et on se rendait à la gare. Rien de compliqué, on peut même payer le billets en carte bancaire.
  • Attention sur les billets de train, comme sur le site, les horaires sont ceux de Moscou, considérant que l’on a traversé trois fuseaux horaires, il faut être concentré pour s’y retrouver.
  • Les arrêts du train à une gare peuvent varier de 2 à 60 minutes en fonction de l’importance de la ville. A Irkoutsk, le train est arrivé environ 50 min avant l’heure du départ. La durée des arrêts est marquée dans chaque wagon, mais parfois uniquement en russe. Attention de ne pas s’aventurer trop loin, lors d’un arrêt au fin fond de la Sibérie 😉

B – NOS ÉTAPES LE LONG DU TRANSSIBÉRIEN

TCHITA :

Notre première étape nous l’avons fait à Tchita.  Nous avions choisi cette destination un peu par hasard pour éviter de faire trop de train d’affilé.

C’est sous un grand soleil que nous avons débarqué de bon matin dans cette petite ville.

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La cathédrale Notre-Dame de Kazan à Tchita

Notre hôtel est une pure relique de l’époque soviétique. Il accueille principalement des militaires en formation dans la ville et des commerciaux. Deux lugubres couloirs desservent  une dizaine de 10 chambres chacun. Une seule salle de bain par étage. Frissons garantis, quand je suis allée prendre ma douche à 4 heures du matin à l’autre bout de l’étage…

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Notre hôtel à Tchita !

Après une pause dans notre hôtel d’un autre temps, nous partons découvrir la ville. Tous les ingrédients d’une ville russe sont présents : deux places immenses, dont l’une avec l’inévitable Vladimir Illitch (Lénine), une immense église orthodoxe nouvellement construite, tout est là !

Après une pause pizza, nous visitons le musée des Décembristes de Tchita (encore eux !!). Cette fois tout est en russe, mais suivis de près par l’équipe de babouchkas qui gèrent le musée, nous prenons le temps de tout regarder minutieusement, bien obligés !

On fait un gros plein de courses ; le lendemain on embarque pour 40 heures de Transsibérien et  la journée tire déjà à sa fin.

Nous retournons dans le centre que nous avons visité en début d’après-midi. Surprise, il est noir de monde, il fait très beau et les habitants se promènent dans le parc où se côtoient canons, tanks de la Seconde Guerre mondiale et attractions pour enfants. Une association de thèmes qui semble toute  naturelle en Russie.

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La place Lénine un soir de mai…

Après avoir profité de ce moment et mangé dans une petite cantine, nous rentrons à l’hôtel. Notre train part à 6 h du matin le lendemain, il faut être en forme pour le Transsibérien.

BIROBIDJAN :

Quarante heures  plus tard, nous voilà arrivés à Birobidjan. Il est presque minuit et il n’y a pas grand monde dans les rues, en fait, il n’y a carrément personne. Maps.me nous guide vers notre hôtel et nous fait passer par la rue piétonne du centre ville. L’ambiance est étrange, un énorme écran publicitaire hurle des slogans dans la rue déserte. Une partie de la rue est longée par un immense immeuble abandonné, on se croirait dans un monde parallèle…

On trouve finalement l’hôtel à notre grand soulagement, on avait vraiment pas envie de se perdre dans cette ville déserte en pleine nuit.

On a prévu de rester deux nuits à Birobidjan. Le lendemain, on visite cette ville à l’histoire si particulière.

ENCART HISTOIRE

« Birobidjan n’est pas tout à fait une ville de Sibérie comme les autres. Elle est la capitale de la République Autonome Juive de Russie. En 1934, Staline a voulu créer une entité administrative et y regrouper tous les juifs. Et c’est tombé sur la région de Birobidjan. Des « volontaires » à la mode soviétique ont été envoyés là-bas et une vie juive s’est développée dans cette ville.

Lorsque l’URSS s’est effondrée, une grande partie des habitants juifs sont partis en Israël. Mais il reste environ deux mille personnes de confession juive à Birobidjan ».

Dans la ville, les traces du passé sont discrètes. Certes, le nom des rues est écrit en Russe et en Yiddish ; une synagogue flambant neuve accueille la communauté juive de la ville, mais c’est à peu près tout…

Le midi, nous déjeunons dans le seul restaurant qui propose de la nourriture juive mais pas casher, c’est marqué !

Le tour de la ville se fait assez rapidement. Nous nous réfugions dans la fraîcheur du parc de la ville rempli des inévitables attractions pour enfants. Nous sommes samedi, les familles sont de sortie ; Birobidjan a tout l’air d’une petite ville paisible.

Le soir, nous nous promenons sur la promenade aménagée au bord de la rivière et on trouve le premier restaurant avec une terrasse depuis le début de notre voyage (bip bip !).

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Dernier soir à Birobidjan…

KHABAROVSK :

Le lendemain, nous prenons le transsibérien pour rejoindre Khabarovsk, la plus grande ville de Sibérie. Le trajet ne dure que 2h30 mais il va nous paraître interminable. Le wagon est plein à craquer, la clim absente et une bande d’enfants en furie mène la vie dure aux passagers. C’est avec soulagement que nous descendons.

Changement d’ambiance, le ville est bouillonnante, immense. Nous marchons une bonne demi-heure pour rejoindre notre auberge de jeunesse. Nous sommes accueillis par une dame aux petits soins qui nous conduit à notre placart chambre d’environ 4 m² sans fenêtre. Il faut dire que nous n’avons vraiment pas payé bien cher et que l’auberge est impeccable. La responsable passe son temps à nettoyer, ranger, balayer ( je l’ai surprise à nettoyer les toilettes à 3 heures du matin).

Les deux jours que nous passons à Khabarovsk sont très chauds, vraiment très chauds. Ce qui ne nous empêche pas de parcourir la ville aux allures d’un mini Moscou.

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La Cathédrale de la Transfiguration de Khabarovsk

C’est notre quatrième ville de Sibérie et nous découvrons une quatrième ambiance. Ici, les grands magasins de marques occidentales longent l’artère principale. Il y a des restaurants avec des terrasses, une grande place ornée d’une fontaine illuminée la nuit (N’allez quand même pas imaginer une ville russe sans une immense place et  de mémoire, il y avait bien évidemment ce bon vladoche fidèle au poste). On voit pas mal de belles voitures, rien à voir avec avec les tacots d’Irkoutsk.

On tente une visite au bord du fleuve dont on nous a vanté les charmes de ses bords aménagés ; pas de chance, ils sont en travaux. On trouve le stade de football (l’équipe est en première ligue russe) et on s’y faufile pour voir s’il est aussi beau que le stade Océane qui déjà met la barre très haut. Le stade n’est pas déplaisant dans son style ancien, dommage que la saison soit terminée ; ça nous aurait bien plu d’assister à un match…

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Promenade au bord de l’Amour, à quelques kilomètres de la frontière chinoise…

François tente une visite du musée militaire qui hélas restera porte close toute la durée de notre séjour.

Les deux jours à Khabarovsk passent vite. On a repéré un restaurant qui fait burger et salades pour pas cher ; c’est devenu notre cantine. On tente aussi une pizzeria avec une terrasse (ça fait du bien de retrouver les terrasses) et des serveurs déguisés en pierrots ,hurlant dans le restaurant le seul mot d’Italien qu’ils connaissent (Prego !)…

Le dernier jour, vers 18H nous retournons à l’auberge, où nous avions laissé nos sacs à dos ainsi que notre sac de nourriture avec tous nos ustensiles. Et là horreur, on réalise que la dame de l’auberge, une nouvelle, a jeté le sac croyant qu’il s’agissait d »une poubelle. C’était quand même un beau sac en tissu qui n’avait rien à voir avec une poubelle.

Le fait d’avoir perdu nos provisions (et notre bouteille de vodka pour soigner le mal de ventre, bien entendu) me contrarie beaucoup ; heureusement que l’on avait terminé le pâté Hénaff et les crêpes bretonnes. En revanche, il a fallu dire adieu à la crème de marron et à une tablette de chocolat. Quelle épreuve!

Ma petite crise contrariété passée, nous nous dirigeons vers la gare où le train pour Vladivostok nous attend (enfin ne nous attendra pas si on ne se dépêche pas).

A la gare, nous rencontrons deux couples de retraités français qui ont décidé de parcourir l’ensemble du tracé du Transsibérien (soit plus de 9000 km), aller et retour avec une escale au Japon !

Le train arrive. Nous montons pour entamer notre dernière voyage en transsibérien, demain nous serons à Vladivostok !

Le dernier tronçon nous le passons dans la deuxième classe cette fois.

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Le train pour Vladivostok en approche !

EBM

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